|
Culpabilité par association
Joseph McCarthy n’était pas seul. Il travaillait en étroite collaboration avec une Commission de la Chambre des Représentants, appelée « Commission des activités antiaméricaines » (House Un-American Activities Comittee), qui avait le pouvoir de détruire réputations et carrières. Les hommes politiques invités à témoigner devant la Commission sur des communistes présumés risquaient leur avenir s’ils refusaient de répondre aux questions de la Commission ou de dénoncer de prétendus communistes. Certains donnèrent les noms de personnes parfaitement innocentes dans un souci d’autodéfense.
Certes, il y a eu des tentatives d’espionnage aux États-Unis de la part de communistes soviétiques et chinois. Mais la grande injustice, c’est que des gens innocents ont été ruinés à cause d’accusations de trahison portées par J. McCarthy sans preuves ou sur la base de preuves douteuses ou hors de propos.
Un éditorial du très sérieux Wall Street Journal, « Lumière sur des zones d’ombre », montre à quel point les allégations de J. McCarthy étaient prises au sérieux à l’époque. Peu après que J. McCarthy ait agité le spectre d’une infiltration communiste dans le gouvernement américain, le Journal écrivait : « Il serait regrettable que les accusations d’infiltration communiste au sein de l’État, portées par le sénateur J. McCarthy, puissent s’évaporer dans une atmosphère de dénonciation et d’amertume partisane [...] Le sénateur du Wisconsin a mis en lumière des zones d’ombre et posé des questions auxquelles les Américains ont le droit de recevoir des réponses. »
L’ouverture d’une enquête par la Commission des activités antiaméricaines sur une personne ou une organisation suffisait à ternir leur réputation. Interviewé par le magazine national « U.S. News and World Report » en 1953, le nouveau président de la Commission, le député du Congrès Velde, a identifié ses secteurs cibles. Après avoir déclaré que « notre première responsabilité est d’aider la nouvelle administration à éradiquer les communistes et les influences subversives de la fonction publique », il a ajouté que l’éducation, y compris « les collèges et les universités » et « les écoles à financement privé » étaient tous des « domaines d’enquête prometteurs » malgré « beaucoup d’opposition de divers enseignants, en particulier des enseignants “de gauche”. »
Et en France aujourd’hui ? En décembre 1999, soixante inspecteurs de l’Éducation nationale ont soumis à une fouille en règle quinze établissements scolaires de Rudolf Steiner, soupçonnés d’utiliser une pédagogie « sectaire ». Des circulaires ministérielles ont été diffusées dans les écoles, afin d’ « alerter » les écoliers sur les religions minoritaires. Un livre d’instruction civique de 4e contient un dessin montrant un prêtre sadique en train de donner une fessée à un enfant avec une Bible.
|